PAROLES DE MONNAIES ?
Bienvenue sur notre rubrique « Paroles de Monnaie » !
Dans cette série d’articles, nous mettons en valeur les autres Monnaies Locales Complémentaires et Citoyennes. Chaque article sera une invitation à la découverte des projets citoyens portés sur un territoire et à vous donner l’envie lorsque que vous visiterez leur territoire d’utiliser leur monnaie locale.
Les articles « Paroles de Monnaie » sont réalisés à partir d’interview que vous pouvez aussi écouter lors de vos prochaines balades.
Alors bonne découverte !
Aujourd’hui, direction l’Yonne où nous y rencontrons Pascal, cofondateur de la Cagnole, la monnaie locale du territoire. À travers ses réponses, Pascal nous livre un témoignage riche sur la naissance, le fonctionnement et l’évolution de cette initiative citoyenne. Son expérience met en lumière les enjeux, les réussites et les défis d’une monnaie locale ancrée dans un territoire rural, ainsi que son potentiel en matière de solidarité et de transformation sociale.
Alors bonne lecture et bonne écoute !
La Cagnole
Pour agir au quotidien, redevenir de notre consommation et redonner sens à la monnaie, l'échange réel.
Qui es-tu Pascal ?
Je suis retraité depuis quatre ans après une carrière d’enseignant et de formateur d’enseignants. Depuis plus de vingt-cinq ans, je m’investis dans le milieu associatif, principalement autour des questions d’écologie et de coopération entre associations sur mon territoire. En 2018, j’ai cofondé la monnaie locale de l’Yonne, la Cagnole, convaincu qu’une telle initiative pouvait renforcer les liens locaux et soutenir une économie plus solidaire et respectueuse de l’environnement.
Quel est le nom de la monnaie et d’où vient-il ?
La création du nom a été un processus participatif de plusieurs mois, avec une centaine de propositions. Après un vote, cinq noms finalistes ont été retenus, puis « la Cagnole » a été choisi. En dialecte morvandiau, « cagnole » signifie « escargot », symbole de l’urgence de ralentir. Ce double sens a séduit les fondateurs, qui y voient un clin d’œil à la transition écologique et à la lenteur assumée.
Découvrez le podcast de la rencontre avec La Cagnole
À quoi ressemble la Cagnole ?
La Cagnole existe sous forme de cinq coupons papier (1, 2, 5, 10 et 20 unités), chacun illustré par des artistes militants du projet. Chaque valeur a sa couleur et son motif : coquelicots pour le 1, fleurs pour le 2, tournesol pour le 5, etc. Le recto affiche la valeur et un dessin lié à l’escargot, tandis que le verso présente un escargot stylisé et un slogan, comme « Pour une économie locale de proximité » ou « Je soutiens l’agriculture biologique locale ». Les coupons sont imprimés localement, sur un papier sécurisé, ce qui fait la fierté de l’équipe.
Depuis 2022, la Cagnole existe aussi en version numérique, une évolution rendue nécessaire par la crise du Covid et l’arrêt temporaire de la circulation des coupons papier.
Comment fonctionne la Cagnole et qui peut l’utiliser ?
Au départ, la Cagnole s’appuyait sur des comptoirs militants pour échanger des euros contre des cagnoles, via des enveloppes standardisées de 50 euros. Le nombre de comptoirs a culminé à plus de 30, avant de diminuer avec l’essor du numérique, notamment dans les zones rurales.
Aujourd’hui, la Cagnole compte 1 350 membres, 250 professionnels et 62 000 euros en circulation. Elle reste une « toute petite monnaie », sans partenariat avec les collectivités malgré de nombreux efforts. L’adhésion est ouverte à toutes les entreprises, sauf la grande distribution et la grande finance. Pour les producteurs, seule l’agriculture biologique est acceptée.
Quelle est l’implantation géographique de la Cagnole ?
La Cagnole rayonne sur tout le département de l’Yonne, un territoire très rural et peu peuplé (320 000 habitants). Auxerre, la préfecture, est la plus grande ville, suivie de Sens au nord. L’implantation est inégale : le nord, tourné vers Paris, reste peu concerné, tandis que la Puisaye-Forterre, territoire rural à forte identité, est un véritable fief de la monnaie. Le développement est correct à Auxerre, plus faible à l’est du département. Le manque de militants locaux et les réalités économiques expliquent ces disparités, mais le numérique et les nouveaux projets commencent à changer la donne.
Quels sont les projets passés, en cours et à venir ?
Plusieurs initiatives ont marqué l’histoire de la Cagnole :
Le don à l’arrondi : en partenariat avec les Restos du Cœur, la monnaie collecte les arrondis dans les commerces, permettant d’acheter des denrées bio locales redistribuées aux plus démunis.
Les bons d’achat pendant le Covid : système de pré-achat de services pour soutenir les entreprises en difficulté, démontrant la solidarité et l’utilité de la monnaie locale.
Les Vendredis Verts : opération alternative au Black Friday, pour promouvoir une consommation durable et locale.
Les caisses de Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA) : depuis 2024, la Cagnole s’implique dans la création et la gestion de caisses SSA, un projet majeur qui ancre la monnaie dans l’action sociale et la solidarité.
Quels défis et perspectives pour la Cagnole ?
Comme beaucoup de monnaies locales, la Cagnole a connu une période d’essoufflement, les attentes initiales de transformation économique n’ayant pas été totalement comblées. Mais depuis 18 mois, un renouveau s’opère grâce aux expérimentations SSA, qui redonnent du sens à la monnaie locale en la plaçant au service d’objectifs sociaux concrets. La perception évolue : la Cagnole n’est plus une fin en soi, mais un outil quotidien pour agir sur le droit à l’alimentation et la solidarité territoriale.
Le message de Pascal
Pour Pascal, la monnaie locale prend tout son sens lorsqu’elle devient un outil au service d’objectifs sociaux concrets, et non une finalité. L’expérience des caisses de sécurité sociale de l’alimentation montre le potentiel de transformation sociale d’une monnaie citoyenne, ancrée dans la solidarité territoriale.
