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Portraits de Pro – Fleurs de l’Or –

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Bienvenue sur notre rubrique « Portraits de Pros » !

Dans cette série d’articles, nous mettons en avant les professionnel·le·s du réseau de la Graine. Chaque article vous présentera le(s) professionnel·le·s, la structure ainsi qu’une idée du parcours, des valeurs, des activités/services et des projets en cours.

Les professionnel·le·s présenté·e·s font partie du réseau de la Graine, ce qui signifie qu’iels partagent les valeurs et les engagements définis dans la charte et qu’iels acceptent le paiement en Graine !

Chaque article est co-élaboré entre le ou la professionnel·le et l’équipe de la Graine. Les questions sont de nous, les réponses leur appartiennent ainsi que les photographies !

Si vous êtes un·e des professionnel·le·s du réseau de la Graine et que vous souhaitez être mis·e en avant dans notre rubrique « Portraits de Pros » , rien de plus simple ! Il vous suffit de remplir ce formulaire et le portrait est lancé !

Aujourd’hui, nous allons à la rencontre de Nicolas  sur un de ses points de vente , localisé à Saint-Aunès dans l’Hérault. Nicolas ne vend pas seulement du chanvre : il raconte une autre manière de vivre. Paysan-chanvrier en bio, militant du local et adepte de la monnaie La Graine, il défend le “chanvre actif”, la solidarité et un retour au bon sens. Rencontre..

Vous avez aussi accès au podcast de la rencontre dans lequel vous découvrirez plus de détails de ces échanges.
Alors bonne lecture et bonne écoute !

Nicolas, paysan-chanvrier :

le chanvre actif au service du vivant et du local

Avant de nous lancer, peux-tu nous partager ta météo du jour ?

Si je me regarde moi, personnellement, c’est le beau soleil. Je me sens bien, entouré de gens formidables. Après, je trouve que c’est compliqué de profiter pleinement de son bonheur dans le monde dans lequel on vit : les actualités, l’impression que le bon sens disparaît… Mais ma météo, elle est radieuse, et j’espère pouvoir participer à rendre la vie meilleure pour tout le monde.

Découvrez le podcast de la rencontre avec Nicolas

Peux-tu te décrire ?

Je dirais quelqu’un d’assez humble, très sympathique, qui aime rencontrer des gens, discuter, apprendre. Je parle aussi beaucoup de politique, parce que ça fait partie de moi. Et si je dois me définir clairement : je suis un anarchiste. Pas dans le sens de la violence, plutôt dans l’idée qu’on devrait pouvoir se gérer nous-mêmes, sans “dictats du monde” qui nous expliquent comment vivre. Je crois à l’éducation populaire, à l’envie de penser sans limites… mais toujours dans le respect de l’autre.

Peux-tu nous décrire ton activité ?

Je suis devenu paysan producteur de Cannabis sativa L. — ce qu’on appelle souvent “CBD”, même si c’est réducteur, parce que le CBD n’est qu’une molécule parmi des dizaines. Cette plante, je la trouve incroyablement riche. Elle accompagne l’humanité depuis la nuit des temps : on s’en est servi pour se soigner, se vêtir, construire, naviguer…
C’est une plante “magique” qui a été pestiférée, mise sur le banc des accusés, notamment parce qu’elle faisait de l’ombre au lobby pétrochimique dans les années 30, et parce qu’on l’a associée à tort à ses seules variétés psychotropes. Or ça ne représente qu’une toute petite partie de son potentiel.

Ce que je cultive, moi, j’aime l’appeler du “chanvre actif”. Je travaille surtout la fleur, là où se trouvent des molécules comme le CBD, le CBG, le CBN, et surtout leur combinaison — “l’effet d’entourage” — qui aide beaucoup de gens à trouver une alternative à certains produits allopathiques, sans effets secondaires du type brûlures d’estomac ou accoutumance.

Je suis installé aujourd’hui à Saint-Aunès, sur une petite parcelle de quelques centaines de mètres carrés. Je fais aussi avec le reste de la plante : la fibre, par exemple, je la broie pour en faire du paillage. Pour faire de l’isolation, il faudrait des hectares : je n’ai pas cette échelle-là, et ce n’est pas mon but.

Tu revendiques aussi une approche agricole exigeante.

Oui. Je suis certifié Bio (EcoCert) et je travaille sur sol vivant. Pour moi, c’est une évidence : le chanvre est une plante robuste, presque une “mauvaise herbe”, qui pousse partout et demande très peu d’intrants.
Et au passage, j’aimerais réhabiliter le mot “paysan”. On l’a longtemps méprisé. Pourtant, c’est grâce aux paysans qu’on mange. C’est un métier dur, fait de passion, souvent payé au lance-pierre.

Pourquoi avoir rejoint la Graine ?

Parce que quand on s’informe sur l’économie, on comprend vite que la monnaie est un levier de pouvoir et d’asservissement. La Graine, c’est une alternative qui redonne son vrai sens à l’argent : un outil d’échange, pas de capitalisation. L’argent, c’est de l’énergie ; le garder pour soi n’a pas d’intérêt. Il faut que ça circule, et surtout que ça mette en valeur ceux qui produisent réellement de la richesse sur le territoire.

Quand on dépense dans la grande distribution, l’argent part souvent dans des poches d’inactifs, de “parasites” — les actionnaires. Des gens qui captent sans produire. Pour moi, ça n’a pas de bon sens. Garder l’échange en local, c’est déjà une forme de résistance concrète.

On se rencontre ici, dans un lieu particulier. Pourquoi venir vendre à Emmaüs ?

Parce que ça colle à mes valeurs. Nous sommes à la communauté Emmaüs de Saint-Aunès, et j’ai eu la chance que Rémy me propose d’installer mon stand ici. C’est local : je cultive à quelques centaines de mètres. Et Emmaüs, c’est un échantillon de la vie : tout le monde se croise, tout âge, toute condition sociale. Et surtout, il y a ici les “invisibles” de notre société : immigrés, sans-papiers, personnes en difficulté. Un lieu qui fonctionne grâce aux dons et qui redonne dignité et sens à une centaine de compagnons, ça force le respect. Et je le dis clairement : personne ne quitte son pays par plaisir.

Je suis présent ici deux fois par semaine : les mercredis et les samedis.

Peux-tu présenter tes produits ?

Bien sûr. Je propose d’abord le produit brut : la fleur, avec quatre variétés que j’ai renommées localement : Pic-Saint-Loup, Emmaüs, Flamand Rose, Melgueil — des noms liés à la géographie et à mon histoire (l’étang de l’Or, le Pic Saint-Loup, Emmaüs, Mauguio/Melgueil…). Chaque variété a ses particularités olfactives, gustatives, et un ressenti un peu différent.
Ensuite, avec ce qui reste après la manucure, je produis un pollen / résine : un concentré de principes actifs obtenu par extraction mécanique.
Je fais aussi une huile de Cannabis sativa L. : le pollen macère dans une huile de chanvre (Ferme de Pigerolle), puis j’obtiens une huile à spectre complet qui permet de bénéficier de l’effet d’entourage. J’alerte d’ailleurs sur les huiles affichées à 20–50% : au-delà d’environ 10%, beaucoup ne sont pas bio et sont souvent “boostées” avec des isolats.
Je propose également deux tisanes formulées par Corinne Fabre :

  • Douce Nuit (relaxation, sommeil)
  • Fraîcheur Zen (avec menthe, digestion)

Et enfin, une bière au chanvre, c’est une belle histoire de réseau. Je voulais créer une bière au chanvre et je cherchais un brasseur : j’ai simplement pris l’annuaire de La Graine en me disant que j’allais forcément tomber sur quelqu’un de sympa et d’engagé. Je suis tombé sur Quentin, de la brasserie La Matcé à Montpellier. On a travaillé ensemble et, grâce à son talent, on a même décroché une médaille de bronze au Concours Mondial des Bières Biologiques.

Et ce n’est pas un cas isolé : autour de mon activité, il y a tout un petit écosystème de personnes qui partagent les mêmes valeurs. Rémy à Emmaüs m’a permis d’installer mon stand, Sébastien (Tomoé) s’occupe de mes visuels et il prend aussi la Graine, Corinne Fabre a formulé mes tisanes… Au final, La Graine sert de lien : elle connecte des gens du coin qui veulent faire autrement, localement, avec du sens.

AS-tu des projets à mettre en valeur en ce moment?

Mon projet le plus “fou”, c’est de participer au changement de paradigme : arrêter de placer le profit au-dessus de tout. La priorité, ça devrait être le vivant — pas seulement l’humain, mais l’ensemble du vivant dont nous faisons partie. Avec la conscience qu’on a, certains gestes du quotidien deviennent insupportables quand on y pense : par exemple faire nos besoins dans de l’eau potable… J’essaie déjà de changer, à mon échelle, et je vois qu’on n’est pas seuls : il y a des graines plantées partout, dans la manière de produire, d’échanger, de vivre.

as-tu un message à faire passer à ceux qui nous lisent ?

Je pense qu’on le sent tous au fond : ça ne va pas. On peut se distraire, oublier, mais on le sait. Et ce serait parfois tellement simple… Pour moi, il faut dire “stop”. Stop, on s’arrête, on se pose, on discute, on redéfinit ce qui est important. On arrive avec rien, on repart sans rien. Est-ce que l’évolution a vraiment pour but “un pavillon, un 35 heures, un Scénic” ? Je ne crois pas.

Ce qui rend heureux, ce sont les moments partagés, la contemplation, la gratitude, les rencontres. Pas le chiffre sur un compte en banque. Même chez les très riches, il y a des malheureux. Donc la solution n’est pas là.

as-tu un message à faire passer à ceux qui nous lisent ?

Je pense qu’on le sent tous au fond : ça ne va pas. On peut se distraire, oublier, mais on le sait. Et ce serait parfois tellement simple… Pour moi, il faut dire “stop”. Stop, on s’arrête, on se pose, on discute, on redéfinit ce qui est important. On arrive avec rien, on repart sans rien. Est-ce que l’évolution a vraiment pour but “un pavillon, un 35 heures, un Scénic” ? Je ne crois pas.

Ce qui rend heureux, ce sont les moments partagés, la contemplation, la gratitude, les rencontres. Pas le chiffre sur un compte en banque. Même chez les très riches, il y a des malheureux. Donc la solution n’est pas là.

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