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Paroles de Monnaie – La Gemme –

 Bienvenue sur notre rubrique « Paroles de Monnaie » !

Dans cette série d’articles, nous mettons en valeur les autres Monnaies Locales Complémentaires et Citoyennes. Chaque article sera une invitation à la découverte des projets citoyens portés sur un territoire et à vous donner l’envie lorsque que vous visiterez leur territoire d’utiliser leur monnaie locale.

Les articles « Paroles de Monnaie » sont réalisés à partir d’interview que vous pouvez aussi écouter lors de vos prochaines balades.

Alors bonne découverte !

Aujourd’hui, direction La Gironde où nous y rencontrons Aurore, bénévole et directrice de la Gemme, la monnaie locale du territoire. À travers ses réponses, Aurore nous livre un témoignage riche sur la vie , le fonctionnement et l’évolution de cette initiative citoyenne. Son expérience met en lumière les enjeux, les réussites et les défis d’une monnaie locale ancrée dans un large territoire, mais aussi  les perspectives à venir.
Alors bonne lecture et bonne écoute !

La Gemme

Donnons du sens à nos échanges

Peux-tu nous dire où tu te trouves et quelle est la météo du jour ?

 Je me trouve en Gironde, plus précisément au sud de Bordeaux, près d’une petite commune qui s’appelle Langon.  La météo ? C’est un peu gris, il fait autour de 10 degrés dehors, 17 à l’intérieur. On est sur un hiver doux, mais ça reste l’hiver. On a eu une petite vague de froid la semaine dernière, mais là, c’est reparti sur du plus clément.

Peux-tu te décrire et nous dire le rôle que tu as dans ta monnaie locale ?

 Je m’appelle Aurore, j’ai 44 ans, je suis maman d’une ado de 14 ans. Je suis directrice de l’association La Gemme, qui gère la monnaie locale du même nom sur le département de la Gironde. Je suis arrivée en 2023 à ce poste, avec la mission de structurer, développer et animer ce projet collectif qui me tient à cœur.

Découvrez le podcast de la rencontre avec La Cagnole

Quel est le nom de la monnaie et d’où vient-il ?

Notre monnaie s’appelle La Gemme. C’est un nom qui intrigue souvent ! Il vient d’une pratique traditionnelle du Sud-Gironde, le gemmage, qui consistait à tailler les pins pour en récolter la sève, notamment pour fabriquer de la térébenthine. C’est un clin d’œil à ce métier historique du territoire. Mais le mot “gemme” a aussi d’autres résonances : il évoque les pierres semi-précieuses, et pour la jeune génération, c’est aussi une monnaie dans les jeux vidéo ou certaines applications. Ce choix de nom est donc à la fois ancré dans l’histoire locale et ouvert à des imaginaires plus larges.

Peux-tu décrire ta monnaie ?

 La Gemme existe sous forme de billets et en version numérique. Les billets sont de 1, 2, 5, 10, 20 et 33 Gemmes – ce dernier clin d’œil au département 33, c’est notre “gros billet”, l’équivalent du 50 euros.

Ils ont été imprimés localement, gaufrés, texturés, avec des points pour les non-voyants, et illustrés de photos du territoire : la dune du Pilat, des marchés locaux, des forêts de pins, un gemmeur en action…

Les visuels ont été réalisés par une association de photographes girondins.

Côté numérique, nous avons lancé l’application eGemme en juin 2023. Elle permet d’avoir un portefeuille numérique, de payer chez les professionnels, entre particuliers, ou de rembourser un ami en quelques clics. Aujourd’hui, 80% de la circulation de la Gemme se fait en numérique.

Comment fonctionne ta monnaie locale et qui peut l’utiliser ?

La Gemme fonctionne sur le principe de l’adhésion. Il y a quatre grandes catégories d’adhérents :

  • Les particuliers, qui peuvent payer dans le réseau ou faire des transactions entre eux.
  • Les professionnels et associations, tous secteurs confondus, qui acceptent et réutilisent la monnaie.
  • Les collectivités locales : nous en comptons quatre, dont la ville de Bordeaux, deux collectivités du Sud-Gironde et une petite commune de 400 habitants.
  • Les élus volontaires, qui peuvent percevoir une part de leurs indemnités en gemmes numériques.

La valeur est simple : 1 gemme = 1 euro. Il n’y a pas de monnaie fondante. La monnaie circule en boucle : un professionnel peut payer un fournisseur, qui paie ses salariés, qui dépensent à leur tour dans le réseau…

C’est l’effet ricochet, qui fait vivre l’économie locale.

Quelle est l’implantation géographique de ta monnaie locale ?

La Gemme couvre tout le département de la Gironde, soit environ sept territoires. On est présents aussi bien en milieu urbain – Bordeaux et sa métropole – qu’en milieu rural, notamment dans le Sud-Gironde où l’implantation est très forte, avec un animateur territorial dédié. On observe une vraie dynamique : dans le Sud-Gironde, le nombre d’utilisateurs a été multiplié par 5 ou 6 en moins d’un an !
Il y a aussi une belle complémentarité : les maraîchers du Sud-Gironde livrent Bordeaux, les professionnels travaillent entre eux, et les utilisateurs peuvent découvrir de nouveaux commerces en se déplaçant sur le territoire, que ce soit sur le bassin d’Arcachon, à Libourne ou ailleurs.

Quels sont les projets passés, en cours et à venir ?

Parmi les projets marquants, il y a eu la fusion des deux monnaies locales historiques, La Miel et L’Ostréa, en 2022, qui a donné naissance à La Gemme.
En 2023-2024, nous avons mené un projet de sécurité sociale alimentaire pour les étudiants : 150 jeunes ont reçu 100 gemmes par mois pour leurs achats alimentaires, ce qui représentait parfois 80% de leur budget. Cela leur a permis d’accéder à des commerces de qualité, bio, vrac… Ce projet a aussi servi de test grandeur nature pour l’application mobile.
Nous avons aussi mené un financement participatif avec “J’adopte un projet”, abondé par la région Nouvelle-Aquitaine, qui nous a permis d’acheter un vélo-cargo de médiation électrique et un barnum aux couleurs de La Gemme. Ce vélo-cargo circule sur Bordeaux et la métropole pour faire connaître la monnaie.
Pour l’avenir, nous travaillons sur la création de bons cadeaux en monnaie locale, à destination notamment des comités d’entreprise. L’idée est de proposer une alternative locale et solidaire aux chèques cadeaux classiques, pour toucher de nouveaux publics et renforcer l’impact territorial.

Quels défis et perspectives pour la Gemme ?

Le principal défi, c’est la pérennité financière de l’association. Nous avons aujourd’hui quatre salariés, mais notre modèle repose uniquement sur les adhésions, sans services payants. Il devient de plus en plus difficile d’obtenir des aides, même si notre action est logique et bénéfique pour le territoire.
Côté perspectives, nous rêvons que les monnaies locales soient reconnues comme des têtes de réseau, au même titre que les PTCE (Pôles Territoriaux de Coopération Économique). Nous avons un vrai rôle de lien, de valorisation des professionnels locaux, de création de solidarité et de résilience territoriale. Le Mouvement SOL, la fédération nationale, travaille à ce plaidoyer.
Nous espérons aussi que les collectivités iront plus loin : pourquoi ne pas verser des subventions ou payer certaines prestations en monnaie locale ? Nous sommes prêts techniquement, il ne manque plus qu’un peu d’audace politique.

As-tu un message à partager ?

Je vais emprunter une citation de Jean-Paul Sartre, entendue récemment et qui me parle beaucoup, surtout en ce début d’année 2026, dans un contexte compliqué :
“Résister, c’est ne pas céder au désespoir.”
C’est un message d’espoir et de persévérance. Malgré les difficultés, il faut continuer à croire en l’utilité de nos actions, à défendre nos valeurs et à faire vivre nos territoires. Merci à toutes celles et ceux qui s’engagent, de près ou de loin, pour une économie plus locale, solidaire et résiliente.

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