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Portraits de Pro – Plombier à vélo –

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Bienvenue sur notre rubrique « Portraits de Pros » !

Dans cette série d’articles, nous mettons en avant les professionnel·le·s du réseau de la Graine. Chaque article vous présentera le(s) professionnel·le·s, la structure ainsi qu’une idée du parcours, des valeurs, des activités/services et des projets en cours.

Les professionnel·le·s présenté·e·s font partie du réseau de la Graine, ce qui signifie qu’iels partagent les valeurs et les engagements définis dans la charte et qu’iels acceptent le paiement en Graine !

Chaque article est co-élaboré entre le ou la professionnel·le et l’équipe de la Graine. Les questions sont de nous, les réponses leur appartiennent ainsi que les photographies !

Si vous êtes un·e des professionnel·le·s du réseau de la Graine et que vous souhaitez être mis·e en avant dans notre rubrique « Portraits de Pros » , rien de plus simple ! Il vous suffit de remplir ce formulaire et le portrait est lancé !

Aujourd’hui, nous rendons visite à Mathieu Goudet, plombier à vélo, ancien ingénieur agronome, entrepreneur de proximité. Voici son Portrait de Pro, qui nous rappelle qu’un métier peut être un service concret rendu aux autres — et qu’il peut aussi devenir un levier de transformation locale. Vous avez aussi accès au podcast de la rencontre dans lequel vous découvrirez plus de détails de ces échanges.
Alors bonne lecture et bonne écoute !

Mathieu Goudet

Le plombier à vélo

Peux-tu te décrire ?

Je m’appelle Mathieu Goudet. Je suis Montpelliérain depuis quelques années et je suis heureux d’être ici — notamment parce que la météo est, disons, plus agréable que dans beaucoup d’endroits où j’ai pu vivre.

Aujourd’hui, je suis plombier à vélo. Mais je précise tout de suite : je ne me résume pas à mon métier. J’ai toujours pensé que le travail est un moyen de vivre, pas une fin en soi. Par contre, c’est important pour moi d’avoir un métier que j’aime et qui a du sens.

Avant la plomberie, j’étais ingénieur agronome, spécialisé en développement agricole. J’ai travaillé sur des projets dans ce qu’on appelle aujourd’hui le « sud global », surtout en Afrique de l’Ouest, et plus largement dans des pays tropicaux.

Ma météo du jour ? Je suis un peu speed. Le dépannage, c’est comme ça : on vit au rythme des urgences des clients. Parfois, on pense intervenir trois heures… et on en passe cinq. Ça met forcément dans le jus. Mais je sens aussi que je m’apaise davantage avec le temps, et surtout grâce à un meilleur équilibre vie pro / vie perso. L’arrivée de ma petite fille a été un vrai tournant : je pensais que ça me rendrait plus anxieux, et en fait ça m’a aidé à relativiser et à mieux poser des limites.

Peux-tu nous décrire ton activité ?

Mon métier, c’est plombier, bien sûr. Mais le fait de le faire à vélo, c’est à la fois inhabituel… Concrètement, on a remplacé la camionnette par un vélo cargo.

Ce choix est multiple. Pour certains, ça amuse. Pour d’autres, c’est un moteur écologique, une manière de participer à une ville plus apaisée, plus cohérente avec les enjeux climatiques. Pour moi, c’est un peu tout ça — et surtout, ça a été une vraie bouffée d’air frais dans ma reconversion. Quand je me suis mis à mon compte, c’est clairement ce qui a rendu le projet évident et motivant.

Mais oui, il y a des contraintes : on ne peut pas aller partout. On est basés à Montpellier centre, derrière la gare Saint-Roch, et on intervient dans un périmètre limité : 2 à 3 km maximum, donc l’Écusson et les quartiers autour. Au-delà, la voiture redevient plus efficace. Sur les courtes distances, en revanche, le vélo est souvent gagnant.

On imagine mal un ballon d’eau chaude sur un vélo… En réalité, on peut tout à fait transporter du volumineux et du lourd. Quand il le faut, on fait appel à des coursiers à vélo, souvent équipés de vélos cargo (parfois avec remorque). Résultat : on peut faire livrer des parois de douche, baignoires, WC, ballons d’eau chaude, etc.

La vraie limite, ce n’est pas tant le poids : c’est plutôt le stock embarqué. Sur un vélo, on a moins de rangement et moins de diversité de petites pièces qu’un plombier en camion. Ce qui peut nous manquer, c’est le bon raccord, la petite pièce spécifique. Du coup, on doit anticiper : chaque matin, on réfléchit à ce qu’on risque d’utiliser, parfois on prend plus « au cas où ».

Mais il y a un avantage énorme : si on doit faire un aller-retour chez le fournisseur, en ville, ça va très vite. Sortir de chez le client, récupérer une pièce, revenir : parfois en 20 minutes, c’est réglé. Et sans les galères de stationnement, de bornes, de parcmètre, etc. Sur le centre, le vélo est un outil de travail très performant.

Nous sommes une petite équipe  de 3 à 4 personnes, alternant inclus. Les personnes qui rejoignent l’entreprise savent qu’on travaille en vélo cargo. En revanche, il ne faut pas être un « fan absolu » de vélo : il faut surtout accepter ce mode de déplacement et être suffisamment à l’aise pour manier un vélo qui peut peser autour de 100 kg, avec l’assistance électrique — et avec les côtes de Montpellier.

Enfin il est important de préciser que la « plomberie » recouvre beaucoup de choses. Nous, on ne fait pas tout. Par exemple, pour l’instant on ne fait pas l’entretien de chaudière, ni l’installation/entretien de climatisation, ni certains travaux très spécifiques comme l’hydrocurage. Mais on essaie toujours d’être utiles : on oriente vers des professionnels compétents et sympas, même si ce n’est pas forcément des artisans à vélo.

Découvrez le podcast de la rencontre avec Mathieu

Pourquoi avoir rejoint la Graine ?

Je ne me souviens plus exactement comment j’en ai entendu parler — peut-être via un bénévole. Mais j’ai tout de suite trouvé l’initiative pertinente. Et surtout, je ne savais même pas qu’il existait une monnaie locale à Montpellier.

Je connaissais vaguement l’idée via des expériences évoquées dans des documentaires, mais là, c’était concret. Je me suis dit : si on veut une économie locale plus cohérente, plus solidaire, il faut des outils — et La Graine en est un. Donc j’ai accepté de faire partie du réseau, et d’être payé en graines si des clients le souhaitent.

Je pense que beaucoup de gens associent encore la monnaie locale à l’alimentation, aux bars, aux restaurants, aux magasins. Mais on peut aussi payer des services, y compris un plombier. Et ça, c’est important : plus la monnaie circule dans l’économie réelle, plus elle a d’impact.

Il y a aussi une dimension « sélection » : si un professionnel accepte la Graine, il y a souvent une philosophie derrière, une certaine éthique, une manière de voir le territoire. Ça crée de la confiance et du lien.

AS-tu des projets à mettre en valeur en ce moment?

Je n’ai pas un grand projet personnel « moteur » à annoncer, mais j’essaie de rester ouvert aux opportunités, aux signes, aux rencontres.

En revanche, il y a un projet très concret déjà en cours : depuis six mois, on accueille un apprenti. C’est un jeune originaire de Guinée, ancien mineur non accompagné (aujourd’hui majeur). Il apprend le métier de plombier pour pouvoir s’insérer dans l’économie locale et construire une vie ici. Pour moi, c’est exactement le type d’action qui donne du sens : du concret, de l’humain, et une utilité immédiate.

Et puis il y a un autre sujet qui me tient à cœur : on a réfléchi avec une association qui lutte contre la précarité au logement, pour voir comment des plombiers peuvent intervenir dans des contextes difficiles — bidonvilles, squats, logements très précaires à réhabiliter. Ce n’est pas encore concrétisé, mais j’espère qu’on pourra avancer là-dessus. 

as-tu un message à faire passer à ceux qui nous lisent ?

Il est surtout pour La Graine : utilisez-la autant que possible. Si on veut que cette monnaie ait un impact fort, il faut qu’elle prenne une place importante dans l’économie locale. Donc : utiliser des graines plutôt que des euros, autant pour la consommation courante que pour les services.

On pense facilement à la nourriture, aux magasins. On pense moins aux services à domicile. Pourtant, on peut payer des plombiers, et il y a de plus en plus de métiers disponibles : des avocats, des médecins, des ostéopathes, etc. La diversité existe — et plus on s’en sert, plus elle grandit.

Au fond, c’est une manière de faire circuler la valeur localement, de créer du lien, et de renforcer un écosystème plus solidaire. Pour moi, c’est ça le sens du cercle vertueux.

Contacter Mathieu