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Éclats de projet – Consigne de noyaux –

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En attendant, bonne lecture et bonne écoute !

 

Dans cet « éclat de projet », nous rencontrons José un des acteurs du verger partagé de Castries pour découvrir initiative aussi poétique que pratique « La consigne de noyaux ».

À Castries, l’association Le Verger Partagé expérimente depuis plusieurs années le semis direct de noyaux et pépins sur une ancienne friche agricole. Résultat : des centaines d’abricotiers, pêchers, pommiers et autres arbres fruitiers y poussent aujourd’hui, formant une forêt nourricière autonome, sans irrigation ni entretien intensif. Preuve que chaque noyau, chaque pépin recèle le potentiel d’un arbre unique, résistant et parfaitement adapté à son environnement. Alors, pourquoi continuer à les jeter ? Semons-les, et faisons pousser les vergers de demain.
Bonne lecture et bonne écoute du podcast associé !

Avec la consigne de noyaux

Ne jetez plus vos noyaux et vos pépins — semons-les !

Les fruits que nous mangeons aujourd’hui peuvent devenir les vergers de demain.

José, tu lances une idée qui intrigue beaucoup de monde : la « consigne de noyau ». Derrière cette idée, il y a quoi ?

Il y a quelque chose de très simple. Aujourd’hui, quand on mange un fruit, on récupère un noyau ou des pépins… et la plupart du temps, on les jette à la poubelle ou au compost. Nous, on propose de faire autrement : les garder, les sécher, et les rapporter dans des points de collecte, pour qu’ils soient ensuite semés sur des terrains adaptés.
En clair : ce qui était un “déchet” redevient une semence.

Cette idée vient de votre expérience au verger partagé ?

Oui. Le verger partagé de Castries existe depuis bientôt 10 ans. À l’origine, c’est l’association L’Atelier Citoyens de Castries qui en est à l’origine. Tout est parti d’une proposition : une entreprise souhaitait offrir environ 100 arbres à planter. On s’est tournés vers la mairie en disant : “On a des arbres, on cherche un lieu.” Et la première adjointe a tout de suite proposé un terrain : un peu moins d’un hectare, tout près du village, le long du mur du château. Le cadre est exceptionnel, mais surtout, cela nous a permis d’expérimenter.

Découvrez le podcast de la rencontre avec José

Vous aviez choisi un modèle très exigeant : un verger “pluvial”.

Exactement. On s’est engagés à faire un verger sans arrosage, sans produit chimique, sans mécanisation. Un verger qui vit avec ce que la nature donne. On a planté à différentes périodes (juin, puis décembre et février, plus favorables). Et très vite, on a compris le paradoxe : c’est beau de dire “pluvial”, mais encore faut-il qu’il pleuve. Les deux premières années, malgré nos principes, on a été obligés d’arroser, parce qu’il y a eu des pics de chaleur et des sécheresses. Et même en arrosant, certains arbres greffés souffraient et ne s’installaient pas bien.

C’est ce constat qui vous a amenés au semis direct ?

 Oui. Au bout de deux ans, on s’est dit : “Il faut une autre stratégie.” On a commencé à faire du semis direct : au lieu de planter uniquement des arbres de pépinière, souvent greffés, on a semé des noyaux et pépins directement en terre. Et là, surprise : au bout de 3 ou 4 ans, certains plants issus de noyaux avaient rattrapé des arbres greffés, pourtant plus “avancés” au départ. On a continué chaque année, en améliorant notre manière de semer et d’observer.

Aujourd’hui, à quoi ressemble la parcelle ?

On est autour de 1 000 arbres. Environ 60 % sont des arbres fruitiers que nous avons semés ou plantés. Les 40 % restants sont arrivés naturellement : c’est la régénération naturelle (oiseaux, vent). Ce sont souvent des essences pionnières : frênes, acacias, ormes… On a choisi de ne pas lutter contre cette dynamique, au contraire : quand une terre est abandonnée, elle tend vers la forêt. Notre démarche s’inscrit dans ce que l’agronomie appelle la régénération naturelle assistée : on accompagne, et notre “assistance”, c’est d’introduire des fruitiers. Ensuite, la nature garde ce qui tient.

Vous ne cherchez donc pas à tout contrôler.

 Non, et c’est même l’inverse : on accepte une part d’incertitude. Sur des milliers de graines, parfois une centaine seulement germe, parce qu’il y a la prédation, les mulots, les escargots, les aléas climatiques. La sélection commence immédiatement. Mais ce qui est passionnant, c’est la diversité : un noyau, ce n’est pas un clone. Chaque semis est un individu unique. Alors oui, certains arbres donneront des fruits moyens, ou peu de fruits. Mais d’autres peuvent révéler des qualités inattendues : une meilleure résistance à la sécheresse, un besoin en froid plus faible, un goût particulier. Dans un contexte de changement climatique, cette diversité devient une force.

Vous observez aussi une évolution très concrète des sols.

Oui. Sur certaines friches agricoles, parfois d’anciennes vignes, les sols sont tassés, souvent marqués par des pratiques passées (dont le cuivre). Et on voit la nature travailler. Des plantes pionnières arrivent : les chardons, par exemple, que beaucoup détestent, mais qui font un boulot essentiel avec leurs racines profondes pour décompacter. Puis viennent d’autres espèces, des ronces, et progressivement des plantes de sous-bois comme le lierre ou la pervenche. On observe même des plantes capables de photosynthèse à très basse luminosité : elles créent des microclimats, favorisent la fraîcheur, et on peut voir des feuilles perler de rosée ou de condensation même en pleine chaleur. Ce sont des signaux très forts de résilience.

À quel moment semez-vous les noyaux ?

Principalement à l’automne. Beaucoup de fruitiers en climat tempéré ont une dormance : ils ont besoin d’un certain nombre de jours de froid pour se réveiller au printemps. On peut reproduire ça en “stratification” (au frigo), mais nous, on préfère semer et laisser l’hiver faire le travail. Il y a une exception importante : le cerisier, qui demande plus de froid. Avec des hivers plus doux, il devient plus difficile à semer. Mais notre règle reste : on garde tout, on sème tout, parce que chaque noyau peut porter une adaptation rare.

Alors, concrètement, comment fonctionne la « consigne de noyaux » ?

On veut que ce soit accessible à tout le monde. Le mode d’emploi est simple :

  1. Vous mangez un fruit.
  2. Vous lavez le noyau à l’eau claire.
  3. Vous le faites sécher à l’ombre quelques jours.
  4. Vous le mettez dans un sachet en papier (surtout pas de plastique : sinon, moisissures, parce que ça respire).
  5. Vous rapportez le sachet dans un point de collecte, par exemple dans des magasins Biocoop (Lunel, Le Crès, Jacou… et d’autres magasins intéressés).
  6. Ensuite, les associations et porteurs de projets viennent récupérer les noyaux stockés, pour les semer sur des terrains choisis.
    Et il n’y a pas besoin de faire un tri  : les noyaux peuvent être mélangés.

L’objectif, c’est d’essaimer, de faire naître d’autres vergers ?

Oui. Il existe déjà des vergers collectifs comme à Prades ou Saint-Mathieu, et d’autres projets sont en gestation. Un particulier passionné peut aussi venir apprendre : au verger de Castries, on travaille chaque premier samedi du mois. Les gens peuvent venir voir, poser des questions, comprendre comment ça fonctionne. Ensuite, il suffit parfois d’une friche, d’un accord avec un agriculteur, d’un terrain municipal, départemental… Il y a aussi des emprises disponibles ailleurs : le long de certaines voies, des terrains vacants. L’idée est d’utiliser ces espaces pour recréer des trames vivantes.

Vous reliez aussi ce projet à la question de l’eau.

Oui, parce que planter et semer, ce n’est pas seulement produire des fruits : c’est aussi restaurer des sols. Quand la matière organique augmente, le sol stocke mieux l’eau. On retient une donnée clé : +1 % de matière organique = +200 m³ d’eau stockés par hectare. L’eau s’infiltre, se stocke, puis redescend lentement et contribue à réalimenter les nappes. À terme, c’est un enjeu majeur pour l’eau potable.

Pourquoi avoir choisi le mot « consigne » ?

Parce que c’est le même esprit que la consigne du verre : au lieu de casser une ressource noble, on la réutilise. Avec les noyaux, c’est encore plus fort : on ne réemploie pas un objet, on remet en circulation du vivant. Semer un arbre, c’est un événement. Et on peut commencer petit : même un noyau semé dans un pot sur un balcon peut devenir un arbre, puis être planté ailleurs.

La phrase de conclusion ?

Essayez. Gardez vos noyaux. Rapportez-les. Semez. Et venez au verger : on y voit, concrètement, comment une friche peut redevenir un écosystème — et comment une poignée de noyaux peut ouvrir la voie à une forêt nourricière.