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Portraits de Pro – Brasserie La Matcé –

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Bienvenue sur notre rubrique « Portraits de Pros » !

Dans cette série d’articles, nous mettons en avant les professionnel·le·s du réseau de la Graine. Chaque article vous présentera le(s) professionnel·le·s, la structure ainsi qu’une idée du parcours, des valeurs, des activités/services et des projets en cours.

Les professionnel·le·s présenté·e·s font partie du réseau de la Graine, ce qui signifie qu’iels partagent les valeurs et les engagements définis dans la charte et qu’iels acceptent le paiement en Graine !

Chaque article est co-élaboré entre le ou la professionnel·le et l’équipe de la Graine. Les questions sont de nous, les réponses leur appartiennent ainsi que les photographies !

Si vous êtes un·e des professionnel·le·s du réseau de la Graine et que vous souhaitez être mis·e en avant dans notre rubrique « Portraits de Pros » , rien de plus simple ! Il vous suffit de remplir ce formulaire et le portrait est lancé !

Aujourd’hui, nous allons à la rencontre de Quentin, brasseur et propriétaire de la Brasserie La MatCé, une micro-brasserie de quartier située aux Aubes à Montpellier. Quentin s’est reconverti pour créer une activité à « taille humaine », centrée sur une bière locale bio, avec des ingrédients majoritairement locaux et des bouteilles consignées. Dans l’article, il raconte son parcours, son processus de brassage, ses choix de distribution en vente directe et son intérêt pour la Graine, surtout pour le réseau et les rencontres qu’elle permet. Un podcast complète l’article pour entendre l’échange au cœur de la brasserie, pendant le brassage.
Alors bonne lecture et bonne écoute !

La Matcé, la brasserie de quartier

où Quentin brasse autrement : bio, local et consigné !

Avant de nous lancer, peux-tu nous partager ta météo du jour ?

Ce n’est pas forcément facile d’en parler en ce moment. Il y a plein de choses qui ne vont pas, et on se sent vite submergé par les mauvaises nouvelles… rien que les épisodes de canicule, c’en est une. Après, on s’adapte. Et dans ma vie perso, ça va plutôt bien, donc ça c’est plutôt beau fixe. Mais c’est vrai : on est souvent plus impacté par ce qui ne va pas que par ce qui va bien, parce que le positif, on finit par le trouver “normal”.

Ici, dans la brasserie, il fait comment ?

Chaud… et humide. Aujourd’hui on est autour de 35°C, avec l’eau chaude et la cuisson du malt. Et l’odeur que tu sens, c’est surtout la céréale maltée en train de cuire — tu dis cacao, et ce n’est pas absurde : le maltage, c’est aussi une forme de torréfaction/séchage, donc on peut retrouver des notes proches.

Découvrez le podcast de la rencontre avec Quentin

Peux-tu te décrire ?

Je m’appelle Quentin. J’ai un bac+5 et j’ai bossé une dizaine d’années comme chargé d’affaires / chargé de projets. Des mots qui ne veulent plus dire grand-chose, mais ça résume bien une réalité : un métier hyper polyvalent, entre terrain, fournisseurs, clients, chantiers, suivi…
J’ai aussi travaillé en efficacité énergétique, et ça a été une vraie désillusion : sur le papier on réduit gaz et électricité, donc CO2. Dans les faits, beaucoup d’industriels ne font ces efforts que si c’est rentable, souvent à court terme. Pour l’énergie et le climat, c’est une aberration : on devrait raisonner long terme. Et puis il y avait des contradictions que je ne supportais plus — faire 10 heures de déplacement pour 2 heures de réunion, ou prendre l’avion pour aller “faire économiser du CO2”… Ça ne tenait plus.
J’ai fait une pause, presque deux ans, le temps de réfléchir. Et c’est là que j’ai rencontré Mathieu et Céline, qui avaient lancé La MatCé. On s’est recroisés, j’ai aidé, j’étais brasseur amateur à ce moment-là… et un jour je me suis dit : je vais essayer ça, à petite échelle, à taille humaine. Finalement, j’ai racheté la brasserie.

Peux-tu nous décrire ton activité ?

La MatCé, c’est une brasserie de quartier, aux Aubes à Montpellier. Elle est dimensionnée pour une personne. Ici, un brassin fait environ 200 litres (2 hectolitres).
Le principe : le brasseur transforme l’amidon des céréales en sucre, puis ce sucre en alcool. On concasse le malt, on le chauffe dans l’eau : ça active les enzymes et on obtient un jus sucré qu’on appelle le moût. Ensuite on porte à ébullition : on ajoute le houblon (et parfois des épices selon les recettes) pour l’amertume, l’équilibre du goût, et aussi pour stériliser. Puis on refroidit, on met en fermenteur et on ajoute des levures (Saccharomyces) : elles transforment le sucre en alcool et en CO2. Et au passage, on récupère aussi les drèches : le résidu de céréales après extraction.

Et l’identité de La MatCé ?

Faire une bière la plus locale possible : malt 100% Occitanie, houblons occitans et aussi alsaciens, et travailler avec des producteurs du coin — par exemple du thym citronné qui vient de Castelnau ou du Pic Saint-Loup.
On est certifiés bio depuis octobre : les pratiques l’étaient déjà, la certification officialise. Et ensuite, il y a un point très concret qui fait partie de l’identité de La Matcé : la consigne, parce que le déchet verre à usage unique, c’est très énergivore alors qu’une bouteille est un excellent contenant, solide, réutilisable.
Je décline donc les bières en 33 cl et 75 cl, et toutes les bouteilles sont consignées. L’objectif, c’est d’éviter un déchet très énergivore (le verre à usage unique), alors qu’une bouteille est un excellent contenant, robuste et réutilisable. Pour la boucle de réemploi, je m’appuie sur Oc’Consigne, qui facilite la collecte, le retour et le lavage des bouteilles.

Justement, peux-tu décrire tes produits ?

J’ai une gamme permanente de quatre bières, assez lisible, sans “surenchère” :

  • La Complètement Thymblé : une blanche au thym citronné, très identitaire.
  • L’Origin’Ale : une blonde plutôt maltaise, consensuelle — le genre de bière qui met tout le monde d’accord.
  •  la Presqu’IPA : une blonde puissante, plus marquée sur l’amertume, pensée pour les amateurs de bières houblonnées.
  • La Manon des Rousses : une ambrée plus gourmande, avec des notes de grillé et de torréfaction.

À côté de cette base, je fais aussi des bières de saison et des collaborations (bière au chanvre, bière au miel avec un apiculteur, ou encore une bière sur mesure pour un producteur de céréales).

Pourquoi avoir rejoint la Graine ?

La Graine, monnaie locale, c’est d’abord l’idée que l’argent continue de circuler sur le territoire. Après, très honnêtement, je ne sais pas si ça m’apporte beaucoup de clients — mais j’en ai quand même quelques-uns, et ils sont contents de me trouver par ce biais.

Pour moi, le principal atout, c’est surtout le réseau : des rencontres avec des partenaires qui partagent les mêmes valeurs. C’est comme ça que j’ai rencontré Nicolas et Gwenaëlle, producteurs de chanvre : on a brassé ensemble une bière au chanvre, qui a même obtenu une médaille de bronze au concours Challenge Millésime Bio.

Et puis il y a un autre point : l’outil numérique de la Graine. Il rend l’usage plus simple (paiement par téléphone), peut toucher une population plus adepte du digital, et permet de sortir une partie des échanges du circuit bancaire classique, dans une logique que je trouve plus vertueuse.

AS-tu des projets à mettre en valeur en ce moment?

Le premier objectif, très concret, c’est d’atteindre 80 hectolitres par an. Avec des brassins à 2 hectolitres (200 litres), ça représente environ 40 brassins sur l’année. L’an dernier, j’étais autour de 45–50 hectolitres, donc ce n’est pas un rêve irréaliste : c’est un palier que je considère réaliste en termes de production, et qui correspond aussi, sur le papier, à un niveau de chiffre d’affaires qui permettrait d’être plus serein. J’insiste sur “sur le papier”, parce qu’en pratique il y a toujours des dépenses qu’on anticipe mal : certaines varient d’une année à l’autre, d’autres paraissent petites et finissent par peser. Mais ce cap des 80 hl, c’est clairement une étape clé à court-moyen terme : ça fait trois ans que j’ai repris la brasserie, et il faut que je m’en rapproche.

Ensuite, il y a un projet qui change pas mal de choses : je me lance dans les fûts et la bière pression. J’ai investi dans une tireuse, et l’idée c’est de ne plus proposer uniquement la gamme en bouteilles, mais aussi en fûts. Ça sert à plusieurs niveaux : déjà, moi je peux proposer de la pression sur mon marché du mercredi. Mais c’est aussi pensé pour les particuliers (fêtes, anniversaires, événements) avec la location de tireuses, et pour toucher d’autres débouchés comme les bars ou des événements festifs. C’est une nouveauté pour la brasserie, et je me suis décidé tard parce que c’est un investissement : derrière, une fois que tu as les fûts, il faut les vendre, et c’est un réseau commercial que je n’avais pas spécialement développé jusque-là. L’objectif, à terme, c’est d’avoir régulièrement en fût au moins la blanche, la blonde et la Presque IPA.

Enfin, il y a une dimension plus “invisible”, mais tout aussi importante : améliorer petit à petit la brasserie. Ce ne sont pas forcément de gros projets spectaculaires, mais une série d’améliorations qui rendent la production plus fluide, le travail moins pénible, et la bière plus régulière. Et pour pouvoir le faire, il faut d’abord passer ce cap : dégager plus de chiffre d’affaires, avoir un peu plus de marge de manœuvre, et construire une activité plus solide.

Donc oui : 80 hectolitres, la pression en fûts, et l’amélioration progressive de la brasserie — ce sont les trois axes majeurs du moment.

as-tu un message à faire passer à ceux qui nous lisent ?

Choisissez des producteurs locaux. Dépensez votre argent à bon escient chez des gens que vous connaissez, qui ont une histoire à raconter. Quand vous m’achetez une bière, vous me faites vivre directement. Quand vous achetez au supermarché, vous rémunérez surtout un système et des actionnaires — et on voit bien que ce système n’est pas vertueux. Donc : local, circuit court, liquide ou monnaie locale… l’idée, c’est de remettre du sens dans ce qu’on consomme.

Contacter LA Brasserie La Matcé