PORTRAITS DE PRO KESAKO ?
Bienvenue sur notre rubrique « Portraits de Pros » !
Dans cette série d’articles, nous mettons en avant les professionnel·le·s du réseau de la Graine. Chaque article vous présentera le(s) professionnel·le·s, la structure ainsi qu’une idée du parcours, des valeurs, des activités/services et des projets en cours.
Les professionnel·le·s présenté·e·s font partie du réseau de la Graine, ce qui signifie qu’iels partagent les valeurs et les engagements définis dans la charte et qu’iels acceptent le paiement en Graine !
Chaque article est co-élaboré entre le ou la professionnel·le et l’équipe de la Graine. Les questions sont de nous, les réponses leur appartiennent ainsi que les photographies !
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Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Jérôme, alias Monsieur Zébulon, céramiste à Montpellier. Dans son atelier-boutique au 14 rue Sainte‑Anne, où il y crée surtout des pièces utilitaires en porcelaine, décorées à la main. Ancien infirmier libéral spécialisé dans le handicap, il s’est reconverti pour construire une activité à taille humaine, où chaque objet est unique et pensé comme une alternative au standardisé. L’article revient sur son parcours, son univers de “cabinet de curiosités” et sa philosophie de l’artisanat comme lien social dans le centre-ville.
Alors bonne lecture et bonne écoute !
la porcelaine du quotidien
des pièces en porcelaine comme des mini-tableaux
Avant de nous lancer, peux-tu nous partager ta météo du jour ?
Aujourd’hui, c’est plutôt une météo positive. Je me sens chanceux, parce que même quand il y a des petits imprévus, on finit par retomber sur ses pattes. La preuve : on enregistre, l’atelier vit… et la factrice passe au milieu de notre conversation pour livrer un colis. Dedans, des petites « perles à écraser » qui servent à bloquer des fils dans certaines décorations. Ça résume bien l’endroit : un lieu ouvert sur la rue, où il se passe toujours quelque chose.
Découvrez le podcast de la rencontre avec Jérome
Peux-tu te décrire ?
Je m’appelle Jérôme, mais je travaille sous le nom de Monsieur Zébulon. Je suis céramiste depuis une vingtaine d’années, et professionnel depuis 11 ans. Avant ça, j’ai eu une autre vie : j’ai longtemps été infirmier libéral, spécialisé dans le handicap, et j’ai cofondé une structure dans ce domaine. J’ai gardé une partie de cette activité, mais je suis en train de l’arrêter progressivement pour me consacrer entièrement à la céramique.
La céramique est arrivée « par hasard »… et en même temps, elle a remis du lien dans mon histoire. Dans les années 90, j’avais commencé une école de dessin que je n’ai pas terminée, à une époque où les métiers d’art étaient peu valorisés. Plus tard, revenir à la matière, puis au dessin, m’a donné une continuité : le soin, l’humain, et la création.
Peux-tu nous décrire ton activité ?
Un céramiste, c’est quelqu’un qui travaille la terre. Moi, je fais surtout de l’utilitaire : tasses, mugs, plats, assiettes, contenants alimentaires… Ça représente environ 90 % de ma production. Le reste, c’est davantage des pièces décoratives.
Ma terre de prédilection, c’est la porcelaine, parce que c’est une base très blanche qui permet à la couleur de vibrer, et parce que la cuisson à haute température (1250 à 1300°C) rend les pièces très solides. J’achète mes terres chez des fournisseurs (porcelaine et grès haute température) : je ne travaille pas à partir d’une porcelaine industrielle “brute”, mais de terres sélectionnées pour ces cuissons.
Et puis il y a la décoration : j’utilise des engobes de porcelaine, un mélange de porcelaine liquide, d’eau et de pigments minéraux. Je fabrique mes couleurs, et ça me permet de peindre sur la pièce avec des dégradés, presque comme si je faisais des mini-tableaux. J’aime cette frontière : l’objet du quotidien, et le dessin qui vient habiter l’objet.




Et l’identité de ta boutique ?
L’identité de la boutique, je la pense comme un atelier ouvert et un cabinet de curiosités en plein cœur de Montpellier. C’est un lieu vivant, où l’on voit passer les gens du quartier, où il peut se produire des petites scènes du quotidien — comme le facteur qui sonne pendant qu’on travaille. J’ai voulu un espace qui ne ressemble pas à une galerie froide, mais à une boutique-atelier où l’on vient autant pour regarder, discuter, toucher les pièces, que pour acheter. Mon univers y est très présent : des objets utilitaires en porcelaine, mais aussi des formes et des décors qui flirtent avec l’étrange, le fantastique, l’imaginaire. L’idée, c’est que chaque pièce ait une personnalité, et que la boutique devienne un endroit où l’on vient choisir “sa” tasse ou “son” objet, comme on choisirait un compagnon du quotidien.
peux-tu décrire tes produits une de tes dernière création ?
Une de mes dernières créations dont je parle souvent, c’est un cœur anatomique en porcelaine pensé comme un vase. L’idée, c’est de prendre un organe très réel, presque brut, et d’en faire un objet poétique : des fleurs jaillissent de l’aorte, mais aussi des coronaires et des veines, comme si la vie débordait littéralement du cœur. J’aime cette double lecture : à la fois le cœur comme contenant, et le cœur comme symbole de quelque chose qui explose, qui circule, qui insiste. Ça s’inscrit dans mon goût du cabinet de curiosités et des vanités : la mort n’est pas là pour faire peur, elle raconte surtout la vie, elle rappelle qu’on est vivant maintenant — et que ça mérite d’être célébré.





Pourquoi avoir rejoint la Graine ?
Parce que ça fait sens, tout simplement. La monnaie locale, c’est une façon de remettre l’argent à sa place : un outil d’échange, pas un outil de spéculation. Je suis assez sensible à l’idée de consommation éthique, de circulation locale, de choses concrètes.
Je le vois comme un contre-pouvoir face au standardisé et au jetable. Un client ne vient pas acheter “une tasse” parmi des millions identiques : il choisit sa tasse, un objet singulier, avec une histoire. La Graine, c’est une continuité de ça : soutenir un réseau de gens qui travaillent ici, qui font vivre le quartier, qui créent du lien. Les ateliers-boutiques en centre-ville, ce ne sont pas juste des vitrines : ce sont des endroits où les gens se parlent.
AS-tu des projets à mettre en valeur en ce moment?
Oui. D’abord, l’essentiel : développer l’atelier-boutique. C’est mon lieu, mon “cabinet de curiosités”, un espace où se croisent les monstres gentils aux dents pointues, les chats décalés, les créatures marines… et les pièces plus abstraites inspirées par Miró, Calder, Kandinsky, ou même la bande dessinée.
Je travaille aussi avec Boris, artisan coutelier, qui est présent dans le même lieu : on partage une dynamique, des expositions, des événements (comme les marchés de Noël). Et j’aimerais, de temps en temps, accueillir des curieux ou des stagiaires : pas forcément dans une logique de cours, plutôt dans l’idée de transmettre un geste, une présence, une façon de faire.




as-tu un message à faire passer à ceux qui nous lisent ?
Deux choses. D’abord : “Soyez local.” Faites vivre les commerces et les artisans de proximité. Un centre-ville vivant, ce n’est pas automatique : ça se construit au quotidien, par nos choix.
Et ensuite : ne délaissez jamais vos rêves d’enfance. On perd souvent la spontanéité du trait, l’audace, l’imaginaire. Moi, j’essaie de retrouver ça dans la porcelaine, dans le dessin, dans l’étrange apprivoisé. Et la porte est ouverte : passez au 14 rue Sainte‑Anne, l’atelier est un lieu de rencontre autant qu’un lieu de fabrication.
