PORTRAITS DE PRO KESAKO ?
Bienvenue sur notre rubrique « Éclats de projet » !
Vous connaissez certainement les « Portraits de Pro » de la Graine, une série d’articles qui vous fait découvrir les professionnel·les du réseau.
Avec « Éclats de projet », l’idée est d’aller encore plus loin avec chacun·e d’entre eux·elles.
Entrer dans le détail de leurs projets, découvrir leurs passions et plonger dans les motivations du moment : telles sont les idées directrices de cette nouvelle série d’articles et podcasts !
Avec « Éclats de projet », vous avez le choix : vous pouvez les lire, les écouter, les relire ou les réécouter, à votre rythme.
Chaque article est co-élaboré entre le ou la professionnel·le et l’équipe de la Graine.
Si vous êtes membre du réseau de la Graine et que vous souhaitez être mis·e en avant dans notre rubrique « Portraits de Pro/Association/Utilisateur·ice » ou « Éclats de projet », rien de plus simple ! Il vous suffit de nous contacter à contact@lagraine34.org, et nous trouverons un moment pour nous rencontrer.
En attendant, bonne lecture et bonne écoute !
Dans cet « éclat de projet », nous partons à la rencontre de Victor Durand et Noah Tot, deux artisans d’un documentaire long métrage en cours d’écriture : « Sans Intérêt(s) ». Après un Tour de France à vélo, ponctué d’ateliers d’éducation populaire et de rencontres avec des initiatives locales, ils veulent rendre la finance compréhensible et questionner un paradoxe : pourquoi des projets utiles, d’intérêt général, peinent-ils à être financés ? À l’automne 2026, ils partiront tourner ce film indépendant, avec l’ambition d’en faire un objet de débat et de mobilisation partout en France.
Alors bonne lecture et bonne écoute !
Sans intérêt(s)
" un documentaire pour une finance citoyenne "
Pour commencer, quelle est votre météo du jour ?
Victor : Aujourd’hui, je suis bien ensoleillé. Il fait une bonne température, pas trop chaud… et surtout je suis très content de ce qui se passe : c’est notre premier jour d’écriture. On entame une nouvelle période pour le projet, c’est excitant, plein d’espoir, plein d’aventures.
Noah : Je dirais pareil : un beau soleil, avec quelques nuages. Ces derniers mois, on a aussi traversé des zones d’ombre qu’on ne connaissait pas forcément : on rencontre des projets, on écrit, on se lance dans l’inconnu… Mais on voit le rayon de soleil au bout.
pouvez-vous vous présenter ?
Victor : Je m’appelle Victor Durand. J’ai travaillé dans le cinéma, la publicité, la fiction. Et il y a quelques mois, avec Noah, on s’est lancé dans un Tour de France à vélo pour rencontrer des associations, collectifs et projets partout en France. Moi, je tournais des films documentaires pour mettre en valeur ces initiatives. C’est ce chemin qui nous a donné envie de faire un long métrage documentaire.
Noah : Moi je suis bénévole à l’Opération Milliard, une association qui vise à changer la finance pour une transition juste. Pendant ce Tour de France — plus de 30 villes — à chaque étape, j’animais des ateliers d’éducation populaire en finance : comprendre le système financier, notre rapport à l’argent, ce qu’est l’épargne, comment l’aligner avec ses valeurs, et surtout l’impact sur le monde réel. Et on a aussi été hébergés par des bénévoles de monnaies locales à travers la France : merci à elles et eux.
Découvrez le podcast de la rencontre avec Victor et Noah
Après ce tour de France, Pouvez-vous décrire le projet que vous portez ?
Noah : On a constaté un vrai questionnement citoyen autour de l’argent, et en même temps une grande impuissance. Le système est complexe, et très peu démocratique : c’est un système privé, dans lequel les citoyens ont le sentiment d’être délaissés. Nous, on s’intéresse à la finance citoyenne : comment redonner une voix à chaque personne en économie, comment se réapproprier l’outil financier à des échelles locales, nationales, systémiques. On veut porter des valeurs de justice sociale, de solidarité et de démocratie dans un secteur qui en manque cruellement.
Victor : Et on a cette conviction : les gens sont experts de leur propre vie, donc ils sont légitimes à décider, y compris sur l’argent. C’est à partir de là qu’on s’est lancé dans Sans Intérêt, un film documentaire long métrage. On l’écrit en ce moment, on le tournera à l’automne et il doit sortir avant les présidentielles.
Le titre intrigue : pourquoi l’avoir appelé Sans Intérêt(s) ?
Victor : Parce qu’on voit des projets essentiels, des combats souvent silencieux, laissés dans l’ombre… et pourtant ils ont un intérêt énorme. On veut justement les mettre en lumière.
Noah : Et il y a aussi le jeu de mots avec les intérêts bancaires : beaucoup de projets d’intérêt général ne rentrent pas dans les logiques de rentabilité ou de profit. Ils ne “rapportent” pas dans le prisme financier classique — alors qu’ils sont indispensables. C’est tout le paradoxe qu’on veut raconter.
Quel a été le déclic, le moment où vous vous êtes dit : “on doit en faire un film” ?
Noah : On en parlait déjà avant, mais le Tour de France nous a mis face au terrain. De mon côté, je suis entré par l’écologie et le social : comment rediriger les flux financiers vers ce qui devrait être financé ? Et plus on creuse, plus on voit que ce n’est pas seulement une question de redirection : c’est un système entier, avec un problème central — ceux qui décident sont souvent ceux qui possèdent l’argent, ou ceux qui ont la culture et les codes. Or la finance a un impact sur tout : si on n’a pas une voix là-dedans, on n’a pas une voix sur le type de société qu’on construit.
Victor : Et rencontrer les gens qui mènent ces batailles au quotidien, notamment dans le milieu associatif, ça a rendu tout ça concret. Le film vient de là.
Dans vos rencontres, y a-t-il un projet marquant qui incarne particulièrement votre propos ?
Victor : Oui : Le Mazier, un tiers-lieu à Bourbon-l’Archambault (dans l’Allier). Leur but : accompagner les personnes âgées ou isolées au numérique, lutter contre la fracture numérique en milieu rural. Sur place, on voit des conseillers numériques, de l’aide pour les démarches administratives, mais aussi un café associatif, un Fab Lab, des ateliers, des événements… C’est un lieu de lien social.
Noah : Et ce qui marque, c’est que ça marche très bien : des gens viennent tous les jours, il y a de l’intergénérationnel, des jeunes, des écoles, même du réemploi informatique… On se dit “c’est évident que c’est utile”. Et pourtant, eux-mêmes nous disent que c’est la galère financière, notamment à cause des baisses de subventions. C’est typiquement le genre de paradoxe qui nous a fait dire : il faut raconter pourquoi ces lieux n’arrivent pas à survivre alors qu’ils sont essentiels.
Où en êtes-vous aujourd’hui, et de quoi avez-vous besoin ?
Victor : On vient d’arriver en Touraine pour une résidence d’écriture. On écrit jusqu’à fin juin-début juillet. Cet été, on fait des repérages et des tests. On tourne de septembre à fin novembre. Puis post-production l’hiver-printemps, pour une sortie avant les présidentielles.
Noah : Et on a besoin de deux choses : continuer à rencontrer des projets pour nourrir le film… et réussir le financement, parce qu’on est sur un projet indépendant et autoproduit.
vous avez lancé un financement participatif. Quel est l’objectif et à quoi servent les fonds ?
Noah : On a lancé le financement il y a quelques jours. Idéalement, on vise 60 000 euros pour un film vraiment puissant. De manière réaliste, 30 000 euros serait déjà une base solide.
Victor : Concrètement, ça sert au tournage : achat de matériel son, et surtout rémunérer une personne dédiée à la prise de son, parce qu’on sera en binôme (moi caméra, Noah réalisation/interviews). Le gros poste, c’est la post-production : louer une salle de montage, un studio de mixage, payer le mixage — pour une qualité cinéma.
Noah : Et il y a aussi la diffusion : cinéma via distributeur, mais aussi projections locales, ciné-débats, et l’idée que le film devienne un objet de discussion partout.
un message pour celles et ceux qui hésitent à soutenir le projet ?
Noah : On n’aime pas les discours marketing. Faites-vous confiance : si le projet vous parle, c’est que vous y trouvez du sens. La finance paraît loin, mais elle a un impact très réel sur nos vies. Nous, on veut rendre ça accessible à toutes et tous. Et surtout : vous êtes acteurs et actrices de votre argent.
Victor : On s’y met à fond, c’est devenu notre vie en ce moment. Si vous y croyez aussi et que vous pouvez nous soutenir, on en sera très reconnaissants.
